Ventures Platform II lève 84 millions de dollars et attire la BERD en Afrique subsaharienne

Auteur 28 août 2026 0
Ventures Platform II lève 84 millions de dollars et attire la BERD en Afrique subsaharienne

Fondée en 2016 à Lagos par Kola Aina, Ventures Platform s’est bâtie sur une conviction simple : investir tôt, très tôt, dans des startups africaines qui adressent des marchés de masse. Dix ans plus tard, la société affiche un portefeuille de plus de 90 entreprises, parmi lesquelles figurent des acteurs devenus des références du secteur comme Paystack, Moniepoint, MDaSS ou OmniRetail. Le deuxième fonds, VP Pan-African Fund II, a commencé à se constituer avec une clôture initiale à 64 millions de dollars avant d’atteindre sa finalisation à 84 millions, soit 9 millions de dollars au-dessus de l’objectif initial fixé à 75 millions. Cette progression reflète un élargissement progressif de la base d’investisseurs et confirme la confiance accordée à l’équipe de gestion.

La stratégie du fonds se positionne sur les stades les plus précoces : de la phase discovery (pré-seed) jusqu’aux séries A. C’est précisément ce segment du marché qui reste le moins bien couvert en Afrique, là où les startups peinent souvent à trouver des tickets suffisants pour passer d’une preuve de concept à un modèle opérationnel viable. En se concentrant sur ces stades, Ventures Platform cherche à combler un vide structurel dans l’écosystème du financement, plutôt qu’à concurrencer les grands véhicules de private equity qui interviennent bien plus tard dans la chaîne de valeur.

La BERD franchit une frontière inédite en Afrique subsaharienne

L’entrée de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) dans le capital du fonds, à hauteur de jusqu’à 8 millions de dollars, constitue le fait saillant de cette clôture. C’est la première fois que l’institution, habituellement associée à des financements d’infrastructures ou de réformes sectorielles dans ses géographies traditionnelles, prend position dans un fonds de capital-risque opérant en Afrique subsaharienne. L’engagement s’inscrit dans le cadre du mandat Early-Stage Innovation Facility II (ESIF II), doté de 200 millions d’euros, par lequel la BERD soutient des fonds early-stage dans plusieurs régions cibles.

Norfund, le fonds de développement norvégien, figure également parmi les limited partners du fonds, avec un ticket de 6 millions de dollars. Ces deux investisseurs institutionnels rejoignent des limited partners historiques qui ont renouvelé leur participation, formant un tour de table qui combine du capital africain et du capital européen au sein d’un même véhicule géré par une équipe africaine, depuis Lagos.

La signification de cette configuration est double. La présence de la BERD et de Norfund apporte une validation externe de la thèse d’investissement et du cadre de gouvernance du fonds, ce qui peut faciliter l’accès à d’autres investisseurs institutionnels dans les levées futures. Ces institutions n’interviennent pas par philanthropie : elles attendent un retour financier, ce qui confirme que le venture capital africain early-stage n’est plus systématiquement assimilé à une classe d’actifs sans contrepartie viable.

Des secteurs qui répondent à des déficits économiques identifiés

La thèse d’investissement du fonds couvre six grands domaines : la fintech, l’e-commerce, la logistique, la santé, l’agriculture et l’éducation, avec une attention croissante portée à l’intelligence artificielle appliquée à ces secteurs. Chacun de ces domaines correspond à un déficit structurel documenté dans les économies africaines : sous-bancarisation d’une part importante de la population adulte, coûts logistiques parmi les plus élevés au monde, faible productivité agricole liée au manque d’outils numériques, accès aux soins très inégal selon les territoires.

Le premier investissement public réalisé par le Fonds II illustre bien cette orientation sectorielle. En juillet 2026, Ventures Platform a co-mené un tour de table de 3 millions de dollars dans Cybervergent, une startup nigériane spécialisée dans la cybersécurité. Dans un contexte où la numérisation accélérée des économies africaines crée des vulnérabilités nouvelles pour les entreprises et les institutions financières, ce choix traduit une lecture prospective des besoins du marché. Les entreprises africaines qui se digitalisent ont besoin de solutions de sécurité adaptées à leurs réalités : coût d’accès, interopérabilité, capacité à fonctionner dans des environnements à connectivité variable.

Ce que cette clôture révèle de la maturité de l’écosystème

La finalisation de Ventures Platform II à 84 millions de dollars intervient dans un contexte mondial où les flux de capital-risque vers les marchés émergents ont connu des ajustements importants ces dernières années. Dans ce paysage tendu, la sur-souscription de ce fonds panafricain donne à voir une tendance de fond : la montée en maturité d’un écosystème qui produit ses propres gestionnaires de fonds, ses propres succès de portefeuille, et ses propres arguments pour convaincre des investisseurs institutionnels exigeants.

Portefeuille de 90 startups constitué en une décennie, levée dépassant son objectif, participation inédite de la BERD en Afrique subsaharienne : ces éléments ne se construisent pas sans une discipline d’origination, de sélection et de suivi des participations. L’intégration de l’intelligence artificielle dans la thèse sectorielle du fonds montre par ailleurs que les gestionnaires africains ne sont pas décalés par rapport aux tendances mondiales, mais cherchent à les adapter à des contextes opérationnels spécifiques.

Il reste que le défi structurel du financement de l’innovation africaine ne se résout pas avec un seul fonds. L’accès au capital demeure limité hors des grands pôles technologiques comme Lagos, Nairobi, Le Caire ou Accra. La pérennité de l’écosystème dépend aussi de la capacité à mobiliser du capital africain en propre, qu’il s’agisse de fonds de pension, de compagnies d’assurance ou de family offices du continent. Sur ce point, Ventures Platform II offre moins de visibilité, et c’est là que se situent les prochains chantiers du financement panafricain.

Ce que la clôture de ce fonds signale concrètement, c’est la consolidation d’une infrastructure financière locale : des fonds gérés par des équipes africaines, avec des thèses ancrées dans les réalités du continent, capables d’attirer des institutions absentes de la scène il y a cinq ans. Pour les startups africaines en quête de capital dès leurs premières étapes de croissance, c’est une évolution mesurable, qui se traduit en tickets disponibles. Le vrai test viendra avec les performances du portefeuille dans les prochaines années, et la capacité du fonds à démontrer que l’Afrique subsaharienne peut générer des rendements compétitifs à l’échelle mondiale.

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