Le 7 septembre, des dirigeants africains, des experts du climat et des représentants d’institutions financières se sont retrouvés au Centre des Nations unies à Addis-Abeba pour l’ouverture de la Quatorzième Conférence sur le changement climatique et le développement en Afrique. Organisée par les partenaires de ClimDev-Africa (la Commission économique pour l’Afrique, la Banque africaine de développement et la Commission de l’Union africaine), la conférence s’est ouverte sur un constat sans ambiguïté : il ne suffit plus de prendre des engagements.
Le thème retenu, « From Pledges to Implementation : The Belem-Antalya-Addis Roadmap », résume l’ambition du moment. Il s’agit d’articuler les enseignements des précédentes COP avec les priorités africaines, en visant la COP31 prévue à Antalya, en Turquie, et une éventuelle présidence africaine de la COP32 en 2027. Les travaux doivent déboucher sur des « Addis Ababa Climate Action Messages », document de position qui structurera la voix du continent dans les négociations climatiques des prochains mois.
Un déficit de 277 milliards de dollars par an, couvert à 11 %
Le chiffre avancé par Claver Gatete, Secrétaire exécutif de la CEA, lors de son discours d’ouverture, fixe l’ampleur du problème : 277 milliards de dollars par an sont nécessaires jusqu’en 2030 pour permettre à l’Afrique de mettre en œuvre ses contributions déterminées au niveau national (NDC). Ces documents de planification climatique, que chaque pays signataire de l’Accord de Paris doit produire et régulièrement actualiser, définissent les objectifs de réduction des émissions et d’adaptation au changement climatique. Ils orientent de plus en plus les politiques industrielles et les stratégies de développement des États africains.
Or les flux de financement climatique effectivement dirigés vers le continent ne couvrent qu’environ 11 % de ce besoin annuel, selon la CEA. Pour chaque dollar requis, moins de douze cents arrivent à destination. La conséquence est double : des retards dans les projets d’adaptation et de mitigation, et une pression supplémentaire sur des budgets publics déjà contraints par les niveaux d’endettement élevés d’un grand nombre de pays.
Ce décalage ne tient pas à une absence de volonté politique africaine. Il renvoie à une architecture mondiale du financement climatique qui reste défavorable à un continent parmi les moins responsables des émissions historiques, mais parmi les plus exposés à leurs conséquences. La CCDA-14 inscrit ce paradoxe au cœur de ses travaux, en cherchant à la fois des réponses dans le renforcement des ressources domestiques et dans une réforme des mécanismes multilatéraux, sans négliger la question du capital privé.
Les instruments africains déjà opérationnels
Loin de se limiter au diagnostic, la conférence a mis en avant plusieurs mécanismes existants. James Kinyangi, coordinateur du Climate and Development Special Fund à la BAD, a détaillé les résultats de la Climate Action Window, instrument dédié aux pays africains les plus vulnérables. Ce mécanisme a mobilisé 450,9 millions de dollars auprès de sept donateurs. Sur cette enveloppe, 386 millions ont été engagés sur 79 projets, dont des systèmes d’alerte précoce aux catastrophes climatiques opérationnels dans 12 pays et couvrant 15 millions de personnes.
Au total, la Banque africaine de développement indique avoir mobilisé 8,4 milliards de dollars pour l’adaptation climatique sur le continent. Sur le volet restauration des terres, 3,3 milliards de dollars ont été décaissés sur les 6,5 milliards engagés dans le cadre de l’Initiative de la Grande Muraille Verte, programme qui vise à restaurer 100 millions d’hectares de terres dégradées du Sénégal à Djibouti d’ici 2030.
Afreximbank a de son côté annoncé qu’elle orientera 5 % de ses prêts de long terme vers le financement climatique d’ici 2030, dont 70 % vers des projets d’adaptation, selon les déclarations de sa représentante Olubunmi Obasanjo-Williams. Ce mouvement illustre une tendance plus large parmi les banques régionales africaines, qui intègrent progressivement le critère climatique dans leurs décisions d’allocation de capitaux.
Ces avancées restent très loin des 277 milliards annuels identifiés comme nécessaires. Plusieurs leviers sont sur la table à Addis-Abeba. Côté ressources, renforcer les garanties publiques peut réduire la prime de risque et rendre les projets attractifs pour les investisseurs privés. Côté gestion de la dette, des montages de type « dette contre investissement climatique » peuvent libérer des marges budgétaires. Et de manière transversale, intégrer les NDC dans les cadres budgétaires à moyen terme permettrait de donner aux engagements climatiques une force contraignante comparable à celle d’une loi de finances.
Du champ au budget : l’adaptation climatique au cœur de l’Agenda 2063
La CCDA-14 se déroule dans une Afrique où l’Union africaine a placé l’eau et l’assainissement au cœur de son agenda continental pour 2026. Moses Vilakati, Commissaire de l’UA pour l’agriculture, le développement rural, l’économie bleue et l’environnement durable, a souligné dans son discours d’ouverture que les objectifs climatiques africains sont indissociables de l’Agenda 2063, qui projette un continent résilient, capable de produire de l’énergie propre et de garantir la sécurité alimentaire de sa population.
Ce lien entre eau, agriculture et financement climatique est concret. Dans des pays comme le Tchad, le Niger ou l’Éthiopie, la sécheresse et l’irrégularité des précipitations menacent directement les récoltes et les revenus de populations encore très dépendantes de l’agriculture vivrière. Financer l’adaptation climatique, dans ce contexte, c’est investir dans des systèmes d’irrigation résilients, des variétés culturales adaptées aux nouvelles conditions ou des dispositifs d’assurance agricole. Un investissement productif, pas seulement environnemental, qui peut directement réduire la vulnérabilité économique des États et soutenir la croissance à moyen terme.
La COP31 en vue, et une présidence africaine à construire pour la COP32
La portée de la CCDA-14 dépasse ses trois jours de travaux. Les « Addis Ababa Climate Action Messages » qui en découleront doivent nourrir la position africaine à la COP31 prévue à Antalya. Plus loin, une présidence africaine de la COP32 en 2027 est envisagée, ce qui donnerait au continent un rôle inédit dans la gouvernance mondiale du climat.
Pour peser dans ces enceintes, l’Afrique ne peut plus se présenter uniquement comme demandeuse de financements. La CCDA-14 cherche précisément à bâtir une feuille de route qui, partant des engagements de Belém, articule les instruments de financement disponibles avec les priorités africaines pour la transition énergétique et l’adaptation.
La prochaine étape sera de mesurer si les messages d’Addis-Abeba se transforment en mandats politiques portés par les États africains à la COP31. L’architecture mondiale du financement climatique ne se réforme pas en trois jours de conférence. Mais chaque rendez-vous panafricain qui produit des propositions chiffrées et des instruments concrets rapproche le continent d’une posture de co-architecte des solutions, plutôt que de simple bénéficiaire des engagements des autres.














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