Le Maroc a récemment dévoilé un projet ambitieux : la création d’une « film city » d’un montant estimé à 70 millions d’euros, aux abords de Rabat. Ce futur complexe dédié à la production audiovisuelle s’inscrit dans une stratégie de diversification économique et de valorisation des industries culturelles. Déjà reconnu comme une destination privilégiée pour les tournages internationaux, le royaume entend franchir une nouvelle étape en se dotant d’infrastructures capables d’accueillir des productions de grande ampleur, notamment pour le cinéma et les séries.
Depuis plusieurs décennies, le pays attire des réalisateurs et des studios grâce à la diversité de ses paysages, à des coûts de production compétitifs et à une main-d’œuvre technique expérimentée. Des sites comme Ouarzazate ont joué un rôle central dans cette attractivité. Le projet de « film city » vise toutefois à dépasser le modèle du simple décor naturel pour créer un véritable pôle industriel, intégrant studios, plateaux de tournage, espaces de post-production et formations spécialisées.
Sur le plan économique, les autorités marocaines mettent en avant le potentiel de création d’emplois directs et indirects, ainsi que l’effet d’entraînement sur d’autres secteurs comme le tourisme, les services et les technologies numériques. Dans un contexte de recherche de relais de croissance, l’économie créative apparaît comme un axe stratégique de plus en plus assumé.
Un levier d’attractivité pour les investissements internationaux
Avec cette « film city », le Maroc ambitionne de renforcer son attractivité auprès des grands studios et des plateformes de streaming internationales, dont la demande en contenus originaux ne cesse d’augmenter. La concurrence entre pays est vive pour capter ces tournages, car ils génèrent des retombées économiques rapides et significatives, notamment en matière d’hébergement, de logistique, de restauration et d’emplois qualifiés.
L’objectif est également de consolider la chaîne de valeur locale. En développant des capacités de post-production et de services créatifs sur place, le Maroc espère inciter les productions étrangères à prolonger leur présence sur le territoire, tout en favorisant l’émergence de talents nationaux et de sociétés de production marocaines capables de s’exporter.
À moyen terme, ce projet pourrait renforcer le positionnement du pays comme hub audiovisuel régional, face à d’autres pôles émergents en Afrique et au Moyen-Orient, et contribuer à la diversification de l’économie autour de secteurs à forte valeur ajoutée.
Polémiques, interrogations et enjeux de gouvernance
Malgré les ambitions affichées, le projet de « film city » suscite également des interrogations et des critiques. Certains observateurs pointent d’abord le coût de l’investissement public, estimant que 70 millions d’euros pourraient être affectés à des priorités jugées plus urgentes, comme l’éducation, la santé ou les infrastructures sociales, dans un contexte de fortes inégalités territoriales.

D’autres critiques portent sur la transparence et la gouvernance du projet, notamment en ce qui concerne les modalités de financement, les partenaires impliqués et les retombées économiques réelles pour les populations locales. Des voix s’interrogent sur le risque de voir ce type d’infrastructure bénéficier avant tout à des productions étrangères, avec un impact limité sur le tissu culturel et créatif national.
Enfin, certaines organisations et chercheurs soulignent les enjeux liés à l’image du pays véhiculée par les productions accueillies, rappelant que le Maroc a parfois servi de décor à des récits ne reflétant pas fidèlement ses réalités sociales ou historiques. La question de l’équilibre entre attractivité économique et souveraineté culturelle reste donc centrale.
Pour le Maroc, la réussite de la « film city » dépendra autant de sa capacité à attirer des investissements internationaux que de la manière dont le projet sera intégré dans une stratégie culturelle et économique inclusive. Entre opportunités de croissance et débats publics, ce pari sur l’audiovisuel illustre les choix complexes auxquels sont confrontées les économies émergentes en quête de diversification.
Photos : le360.ma et maroc.ma














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